Jean-Philippe Dugoin-Clément : les enjeux fonciers vus depuis la SIBCA 2025

Jean-Philippe Dugoin-Clément : les enjeux fonciers vus depuis la SIBCA 2025

Le 6 juillet 2026, Jean-Philippe Dugoin-Clément présentait le bilan du programme pluriannuel d’intervention 2021-2025 de l’Établissement public foncier d’Île-de-France. Un calendrier qui trouve un écho particulier à la lumière de la SIBCA 2025, où le président de l’EPFIF avait déjà posé les jalons d’une politique foncière sous haute tension. Alors que la région accueille chaque année 50 000 nouveaux habitants, la production de logements s’effondre. Ce paradoxe était au cœur des échanges du salon, et il éclaire les choix structurants pour l’aménagement du territoire francilien.

## Le constat foncier en Île-de-France : une pression qui ne faiblit pas

### Des chiffres qui interrogent la planification urbaine

Lors de la SIBCA 2025, le discours de Jean-Philippe Dugoin-Clément n’a pas éludé l’essentiel. L’effondrement de la production de logements en Île-de-France n’est pas un phénomène conjoncturel. Les permis de construire chutent, les opérations neuves se raréfient, et la demande, elle, ne cesse de croître. Ce décalage entre l’offre et les besoins met une pression considérable sur la gestion des sols et la propriété foncière dans les zones tendues.

Le président de l’EPFIF l’a répété avec insistance : la région ne pourra pas répondre à la crise du logement sans une remobilisation volontariste du foncier. la politique foncière ne se décrète pas, elle se négocie avec les collectivités, les aménageurs et les promoteurs. C’est précisément ce rôle de courtier en terrains que joue l’établissement public foncier, en préemptant des réserves, en portant des opérations complexes, en facilitant la sortie de terre de projets mixtes.

### Le bilan du PPI 2021-2025 : une trajectoire respectée

Les chiffres présentés le 6 juillet 2026 parlent d’eux-mêmes. Entre 2021 et 2025, l’EPF Île-de-France a programmé plus de 31 000 logements, dont une part significative de logements sociaux et intermédiaires. Ce résultat, souligné par Jean-Philippe Dugoin-Clément, témoigne d’une exécution fidèle du programme pluriannuel d’intervention, malgré un contexte économique morose.

Ce travail de longue haleine repose sur un maillage fin du territoire et une connaissance intime des opportunités foncières. L’EPFIF ne se contente pas d’acheter du terrain : il accompagne les maires dans leur planification urbaine, du diagnostic jusqu’à la commercialisation. Il s’agit d’un outil de développement durable au sens large, puisqu’il permet de prioriser la renaissance des friches sur l’artificialisation des espaces naturels.

## Stratégies et leviers pour une politique foncière efficace

### Recyclage des sols et densification : les pistes concrètes

Face à la rareté du foncier disponible, deux leviers se dégagent. Le premier concerne la gestion des sols déjà artificialisés. Les friches industrielles, les bureaux vacants, les parkings sous-exploités : autant de gisements fonciers à reconvertir. La SIBCA 2025 a mis en avant des opérations de démolition-reconstruction qui transforment des sites obsolètes en quartiers mixtes, intégrant logements, commerces et espaces verts.

Le second levier est la densification douce. Contrairement à une idée reçue, intensifier l’urbanisme ne signifie pas construire des tours partout. Sur de nombreuses communes de grande couronne, des divisions parcellaires, des surélévations ou des petits collectifs en cœur d’îlot permettent d’augmenter l’offre sans dénaturer le paysage. Cela suppose toutefois un accompagnement fin des élus locaux, souvent confrontés à la crainte du changement et aux recours administratifs.

### La réindustrialisation : quelles priorités pour l’aménagement du territoire ?

Autre sujet brûlant soulevé lors du salon : la réindustrialisation de l’Île-de-France. Jean-Philippe Dugoin-Clément l’a rappelé avec franchise : la région ne sera jamais une immense zone industrielle comme le Nord ou l’Est de la France. En revanche, elle peut accueillir des industries de pointe, des PME technologiques et des activités logistiques, à condition de leur trouver des terrains adaptés.

Cela implique une aménagement du territoire beaucoup plus sélectif. Chaque parcelle doit être évaluée selon son potentiel : accessibilité, desserte en transports, proximité des bassins d’emploi, compatibilité avec le voisinage. Cette approche méthodique, chère au président de l’EPFIF, évite le gaspillage et donne de la visibilité aux investisseurs. C’est aussi une manière de concilier développement économique et protection des espaces naturels.

## La SIBCA 2025 comme accélérateur de solutions bas carbone

### Urbanisme durable : expérimenter pour convaincre

La SIBCA 2025 n’a pas été qu’un lieu de constats. le salon a offert une vitrine impressionnante de matériaux biosourcés, de procédés constructifs décarbonés, d’outils de mesure de l’impact environnemental des bâtiments. Les collectivités repartent avec des idées concrètes, parfois testées à échelle réelle dans les territoires pilotes de l’EPFIF.

Pour les élus locaux, l’enjeu est double : il faut à la fois accélérer les opérations de construction et les rendre compatibles avec les objectifs climatiques. La gestion des sols devient alors un outil stratégique. En favorisant le renouvellement urbain, en réutilisant des terres polluées après dépollution, en imposant des coefficients de biotope, les aménageurs intègrent l’environnement dès la conception. Cela change le regard porté sur la propriété foncière : celle-ci devient un actif qu’il faut faire travailler durablement.

### Un nouveau rôle pour les établissements publics fonciers

Face à ces défis, le métier d’établissement public foncier évolue. Il ne s’agit plus seulement de stocker du foncier, mais de le préparer : études de sol, dépollution, restructuration lourde, viabilisation. Ce travail d’ingénierie en amont est essentiel pour réduire le risque des promoteurs et accélérer les calendriers. Jean-Philippe Dugoin-Clément défend cette vision depuis la SIBCA 2025, et elle semble désormais partagée par la plupart des acteurs du secteur.

Il reste pourtant des obstacles, notamment réglementaires et fiscaux. La complexité des codes de l’urbanisme et de l’environnement peut décourager les opérations de recyclage foncier. C’est pourquoi l’EPFIF plaide pour des procédures accélérées sur les friches identifiées, et pour une taxation plus dissuasive de la rétention foncière. Ces propositions, débattues en 2026, changeront peut-être la donne à moyen terme.

## Les leviers pratiques pour les collectivités

Face à ce panorama, les décideurs locaux ne sont pas démunis. Plusieurs outils, éprouvés sur le terrain, méritent d’être rappelés. En voici la liste, non exhaustive mais opérationnelle :

– 🗺️ Le droit de préemption urbain : un instrument de base pour acquérir des biens stratégiques. Utilisé avec discernement, il permet de constituer des réserves foncières sans spéculation.
– ♻️ L’étude de recyclage des friches : avant d’artificialiser un espace agricole, une analyse systématique du potentiel des sites déjà urbanisés est indispensable. Cela concerne aussi les fonciers en déshérence.
– 🤝 La convention avec l’EPFIF : en déléguant le portage des opérations complexes, les communes transfèrent un risque technique et financier, tout en gardant la maîtrise du projet.
– 📐 Le bilan d’aménagement : cet outil financier permet de révéler le potentiel d’une zone, en intégrant les coûts de dépollution, de voirie et d’équipements publics dans le calcul global.
– 🌱 Le coefficient de biotope : imposer une part minimale de surface végétalisée dans les nouveaux permis de construire accroît la résilience des quartiers et leur acceptabilité.

Chaque collectivité doit composer avec son histoire, sa géographie et ses capacités d’ingénierie. L’urbanisme n’est pas une science exacte, mais une pratique qui se nourrit d’exemples, d’erreurs corrigées et d’innovations modestes. La SIBCA 2025 a eu le mérite de mettre ces solutions en lumière, et de montrer qu’une autre politique foncière est possible.

La route est encore longue avant de rééquilibrer le rapport entre la demande de logements et l’offre, surtout en zone tendue. Mais les outils existent, les acteurs sont mobilisés, et les signaux envoyés par l’État semblent enfin évoluer. L’Île-de-France, contrairement à certaines idées reçues, recèle des réserves de foncier invisible : à condition de regarder sous les friches, derrière les parkings, au-dessus des entrepôts. C’est là, dans ce travail minutieux de planification urbaine, que l’avenir du territoire se joue.

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